mercredi 12 avril 2023

Same old geek

Comme il n'est jamais trop tard pour vivre avec son temps (vous méditerez là-dessus plus tard), j'ai décidé d'essayer de me mettre au jeu vidéo.

Ça ne manquait pas vraiment à ma vie, je n'éprouvais pas particulièrement la nécessité de pouvoir échanger sur ce sujet avec les passionnés et je n’avais pas particulièrement non plus de temps à y consacrer, mais j'étais curieuse de comprendre ce que pouvaient bien être ces jeux à partir desquels pouvaient naître des séries aussi riches que « Arcane » ou « The last of us ». Mon petit doigt ainsi que le bon sens (mais un petit doigt peut-il être autre chose que du bon sens ?) me disaient que les jeux de ce genre ne ressemblaient probablement pas aux Tortues Ninja de ma jeunesse. Ni au Donkey Kong de mon enfance. Encore moins au tennis bâton de mes toute jeunes années.

Marquée par une expérience infructueuse, il y a quelques années de ça, au cours de laquelle j'avais tenté de survivre à une apocalypse zombie, mais n'avais réussi qu'à coincer mon personnage dans un mur (Chbong... Chbong... Chbong...) jusqu'à ce qu'un mort-vivant vienne me dévorer, je souhaitais mettre toutes les chances de mon côté en essayant, cette fois, un jeu qui ne demande aucun usage d'une manette et aucune dextérité digitale pour pouvoir se déplacer, se battre, voler, préparer une tasse de thé ou faire tout ça en même temps.

Mon choix - ou plutôt le choix de mon beau-frère que j'ai validé parce que qui suis-je pour remettre en question la suggestion éclairée d'un joueur adulte sain d'esprit et a priori pas malveillant ? - mon choix, donc, s'est porté sur "Disco Elysium".

Ceux qui connaissent connaissent. Pour les autres, il s'agit d'une enquête policière dans un contexte politique et social apparemment bien chargé.

Rien que ça, le simple fait qu'un contexte politique et social existe dans un jeu, on sent bien que l'ambition n'est pas la même que sauver une princesse en évitant des tonneaux jetés par un gorille.

Bref.

Me voilà donc lancée dans la découverte de ce monde apparemment merveilleux du jeu vidéo.

J'avoue avoir été un brin perturbée par l'introduction, quand une voix ténébreuse a commencé à me raconter des trucs chelous et sombres entre autres sur ma mère, mais passée cette étape bizarre, me voilà nu comme un ver au milieu d'une pièce en bordel. Enfin pas moi, mon personnage.

C'est un flic et, avant de commencer, j'ai dû choisir son profil. En gros, je devais décider s'il serait plutôt philosophe, plutôt sensible ou plutôt physique. Intello, poète ou brute. Comme je suis une femme intelligente et sensible, j'ai viré la brute. Et décrété que l'intelligence me serait sûrement plus utile que la sensibilité, donc j'ai choisi le philosophe.

Je vous passe les détails, mais mes deux premières tentatives, d'au moins une heure chacune, ne m'ont menée à rien sinon une mort prématurée. Je suis morte de désespoir. Deux fois. Sans déconner. J'ai rien compris.

Comme je suis joueuse mais que j'ai quand même pas que ça à foutre, je suis allée fouiner un peu sur internet pour découvrir que l'intello n'était a priori pas vraiment un très bon choix pour débuter et que le sensible était plus facile. Qu'à cela ne tienne, au diable l'intelligence, recommençons avec le poète !

On ne dira jamais assez l'importance de la poésie dans un monde de brutes...

Bon, en vrai, pour le moment, je ne tente pas trop les trucs un peu foufous, comme réciter un poème à un gars que j'interroge, parce que ce genre d'initiatives m'a précédemment fait mourir deux fois d'une dépression foudroyante alors dans un premier temps, je la joue flic un peu border mais pas totalement dingue quand même, on verra plus tard.

Mais donc, oui, le jeu semble permettre de réciter un poème à un suspect. Je crois que je peux même devenir raciste ou communiste. Dans ma to do list, j’ai entre autres « faire un karaoké ». Je vous jure. J’ai essayé, deux fois, mais pour le moment le patron veut pas. Apparemment il ne m’aime pas trop, je sais pas pourquoi. Sans doute un rapport avec le fait que j’ai saccagé la chambre et que je lui dois des sous. Mais je l’aime pas trop non plus parce que je crois qu’il a tripoté la serveuse et j’ignore totalement si cette information a un quelconque intérêt pour mon enquête.

Bref.

Quoi qu’il en soit, avec mon flic poète conformiste, jusqu'à présent, je survis. Et comme les grandes réussites passent aussi par de petites victoires, au bout de deux heures j'ai fini par enfin retrouver ma deuxième chaussure, alors que je savais exactement où elle se trouvait depuis environ la dixième minute, mais je savais pas comment y aller. Voilà. Je débute quoi. Dites-vous qu’il m’a fallu au moins six heures pour dégoter un fucking sac plastique pour ramasser des bouteilles et les porter à la consigne, ce qui m’a rapporté environ soixante cents. À ce rythme, je pense que j’aurai résolu l’enquête plus ou moins au moment de ma retraite et ce sera probablement le parfait timing pour m’attaquer à une apocalypse zombie. Il me tarde.

Et vous savez le pire ? Mon sac plastique, là… je l’ai trouvé, j’ai mis des bouteilles dedans, je trouvais que j’avais un peu l’air con à me balader avec mais apparemment j’ai pas trop de fierté ni d’argent alors j’ai continué avec mon petit pochon en faisant mine de rien, jusqu’à ce que je veuille faire une pause.

J’ai sauvegardé, j’ai fait ma pause, je suis revenue et je me suis aperçue qu’en fait je ne savais pas non plus sauvegarder. J’avais plus mon petit sac et mes petites bouteilles. J’ai dû recommencer… Mais que tout le monde se rassure : le coup d’après, j’ai fait bien attention et j’ai trouvé comment VRAIMENT sauvegarder. Ouf.

J’ai découvert aussi que mon personnage doit dormir (ce qui le rends moins efficace que Jack Bauer) (référence de vieux) et que quand il dort il rêve.

J’ai découvert également qu’en plus de la vie incroyablement riche que semble avoir chaque personnage que je croise, ils ont aussi une vie quand j’ai le dos tourné.

Hier, je laisse mes bonhommes (mon flic poète à moitié déglingué et en gueule de bois et son acolyte, un flic sérieux, un peu sévère et taciturne) le temps d’aller aux toilettes, je reviens et là, je les vois en train de faire des cabrioles en se portant l’un l’autre. N’IMPORTE QUOI.

Voilà voilà.

Je découvre le jeu vidéo.

C’est plein de surprises.

Et je commence à comprendre comment on peut écrire des séries entières à partir de ce genre de jeux.

Je mourrai moins bête et si cette expérience ne devait finalement servir qu’à ça, je dirais que c’est déjà pas si mal, même si l’objectif réel est plutôt de trouver comment ne pas mourir dans une apocalypse zombie, mais une chose à la fois.